Retrouvez nous sur :

Domaine du bernet

Pierre Vannucci, créateur du domaine du Bernet

pierre vannucci

Né en 1920 au Maroc de parents corses, Pierre Vannucci est venu s’installer dans le Gers dix ans plus tard lorsque son père y fut nommé percepteur. A l’issue de sa scolarité à Gimont, Pierre a entrepris des études de droit à Toulouse, avant de devenir directeur de société.

Ayant décidé de se lancer dans l’immobilier, il a acquis le domaine du Bernet en 1961 avec l’intention de créer un ensemble de maisons individuelles sur de grands terrains, ce qui était jusqu’alors rarissime à Toulouse. Le plan d’origine portait sur 250 lots, ramenés à 211 lorsque le permis de lotir a été accordé en avril 1967. Ce fut, surtout pour l’époque, une opération gigantesque, le plus grand lotissment jamais réalisé en région toulousaine. Pour Vannucci, l’affaire allait devenir son premier et unique projet immobilier car, portant sur une surface si étendue, sa réalisation l’a mobilisé pendant plus de vingt ans.

Les lotisseurs sont notoirement des gens de passage : ils achètent, ils lotissent et ils sont vont. Pierre Vannucci, en revanche, sachant qu’il lui fallait des années de travail pour mener à bien son ambitieux projet, décida de venir vivre au cœur du domaine qu’il entendait créer. Bon vendeur, il se vantait d’être le seul constructeur ayant choisi de vivre dans le lotissement qu’il a réalisé.

Il a signé l’acte sous seing privé du futur Domaine du Bernet en 1961, mais il n’a obtenu l’autorisation de lotir que le 3 mars 1967. En effet, si le maire de l’époque, Jean Béziat, voulait développer la commune, on s’interrogeait longuement, au sein de l’équipe municipale, sur l’impact qu’un lotissement risquait d’avoir sur la vie d’une commune de moins de mille habitants à l’époque. Le maire a néanmoins réussi à faire des plans d’urbanisme sous le contrôle de la Direction Départementale de l’Équipement, organisme qui était alors chargé de la politique d’urbanisme. Ces plans ont été approuvés par le directeur de la construction de la DDE le 16 avril 1966, donnant ainsi le coup d’envoi du projet du Bernet.

Imaginé à l’origine non pas comme un lotissement mais plutôt comme une résidence, dans l’esprit de Pierre Vannucci, le Domaine du Bernet devait être, en quelque sorte, un nouveau village en périphérie de la commune avec un millier de nouveaux habitants. Pour répondre à leurs besoins, il souhaitait créer tout un ensemble de services accessibles à pied, sans qu'il y ait besoin de quitter le lotissement. Un petit centre commercial, avec des appartements à l’étage, devait se situer à l’emplacement actuel de la maison de retraite. Les espaces verts devaient inclure une aire de jeux pour enfants et un terrain de boules pour leurs parents. À proximité devait se trouver un groupe scolaire et même une crèche. Au grand dam de Pierre Vannucci, Henri Courtines, maire de Pibrac à l’époque, s’est opposé à tous ces plans car il avait déjà prévu de réaliser des projets semblables plus proches du centre du village, ce qui fut fait dans les années 1980 avec la création du centre commercial de Sainte-Germaine.

Pierre Vannucci avait également imaginé un projet de maison de retraite qui devait être édifiée dans le parc de sa résidence. L’autorisation n’a cependant pas été accordée en raison de la proximité du chemin de fer. En effet, il était interdit à l’époque de clôturer les maisons de retraite et, comme il y avait le risque que de futurs résidents aillent se promener sur la voie ferrée, on pouvait redouter quelques accidents tragiques, voire des suicides de personnes âgées dépressives.

Puis, comble d’audace pour ce lieu jusque-là si campagnard, la Bergerie au 8 allée des Cèdres, en ruines à l’époque, devait être transformée en « clubhouse » pour permettre aux futurs résidents de se retrouver dans une ambiance conviviale. Il avait également été question d’installer une station-service à l’endroit où se trouve l’abribus, en face de l’avenue Saint Exupéry.

Pierre Vannucci avait même envisagé, un temps, de fermer l’accès au lotissement, ce qui aurait sans doute eu un effet sécurisant pour les occupants. L’idée a cependant été rapidement abandonnée car difficilement applicable dans un ensemble de plus de deux cents logements. En outre, pour assurer un cadre de vie de qualité, il fallait respecter un ensemble de règles inscrites dans le cahier des charges et dans le règlement du Bernet, encore en vigeur aujourd’hui.

Comme individu, Pierre Vannucci était connu pour sa générosité, son ingénuité et son audace. Il s’intérressait beucoup aux jeunes de la commune et, voyant que ceux-ci n’avaient pas de local pour se rencontrer, a gracieusement mis à leur disposition l’étable de la ferme au 10 allée des Cèdres. Ainsi, la Maison des Jeunes et de la Culture, jusqu’alors logée à l’école communale, avait enfin un « chez soi ». De même, voulant favoriser, à sa manière, la mixité sociale dès le lancement de son programme immobilier, Pierre Vannucci a souvent aidé de jeunes ménages à accéder à la propriété bien avant que leurs ressources ne le leur permettent : « Vous me paierez votre terrain quand vous aurez l’argent », disait-il à de jeunes artisans, enseignants et employés de bureau, incrédules devant un tel geste de confiance peu fréquent, surtout dans l’immobilier.

A son décès en 1988, ses amis ont voulu traduire l’âme de ce caractère hors du commun en faisant inscrire sur son tombeau ces quatre mots : généreux, chaleureux, sensible, enthousiaste.

Pierre Dufau, concepteur des espaces verts du Bernet

pierre dufau

Pierre Dufau (1908 – 1985)

Le plan de lotissement du Domaine du Bernet a été confié à Pierre Dufau, l’un des plus grands architectes français du 20ème siècle. À l’époque, les permis de construire étaient accordés par les préfets travaillant en collaboration avec la Direction Départementale de l’Equipement, les maires ayant peu d’influence, et encore moins de pouvoir en la matière. Dans notre région, la DDE avait pour habitude de confier l’étude des projets de lotissement à des architectes de la ville de Paris, nommés à tour de rôle pour une année. L’architecte parisien désigné venait une fois par mois à la DDE de Toulouse pour étudier les projets immobiliers en cours. En 1967, c'était le tour de Pierre Dufau, célèbre pour avoir réalisé le Nouveau Créteil, l’aménagement de la station de métro Charles de Gaulle, le siège de Safran à Paris, le centre de vols d’essai à Istres, la centrale nucléaire de Chinon, l’hôtel Hilton à Paris et des dizaines d’autres grandes réalisations en France et ailleurs dans le monde.

Fils d’architecte, né à Amiens en 1908, Pierre Dufau obtient son diplôme en 1937 et l’année suivante, au terme de son circuit universitaire, il est lauréat du très prestigieux Grand Prix de Rome d’Architecture. Organisé chaque année depuis 1720, ce prix accorde une bourse au lauréat qui est envoyé à l’Académie de France à Rome. Désapprouvant le régime de Mussolini, Dufau a refusé le premier prix pour éviter un séjour à Rome et a obtenu ainsi le « Premier Second Grand Prix de Rome ».

Les écoles des beaux-arts favorisaient, dans les années trente, le style haussmannien auquel le jeune Dufau s'opposait, le considérant démodé. Fasciné par l’architecture moderne en vogue aux États-Unis, il est influencé par toutes les théories de l’époque sur la lumière, la bonne santé, le développement des sports de plein air, l'introduction de la verdure. Aussi, ce n’est pas par hasard si, dans l’aménagement d’origine du Bernet, les jardins étaient conçus sans clôture, comme les « housing estates » aux États-Unis.

Grand prix de Rome aidant, Pierre Dufau devient architecte en chef de la reconstruction de sa ville natale Amiens, lourdement endommagée par les bombardements. À la Libération, la reconstruction deviendra naturellement l'une de ses préoccupations majeures. Il conseille des ministres et devient ainsi le premier membre du corps des « architectes de la reconstruction ».

À ce titre, il s’intéresse particulièrement à la cause du logement des plus pauvres, préconisant des logements collectifs accessibles au plus grand nombre. Dès le célèbre appel à la radio, le 1er février 1954, de l’abbé Pierre, Dufau le rejoint pour créer une cellule de soutien avec des architectes et des entreprises du bâtiment, apportant leurs talents, de l'argent et des matériaux de construction. Les pouvoirs publics le chargent de la réalisation d’une cité que l’abbé Pierre veut faire construire en région parisienne. Ce fut, d’ailleurs, l'un des rares immeubles d'habitation réalisés par Pierre Dufau au cours de sa carrière, un autre étant le grand ensemble d’Empalot à Toulouse.

En tant qu’urbaniste, en revanche, il est probablement le seul à avoir, à la fois, construit une ville nouvelle (Créteil) et reconstruit une ville détruite (Amiens). Sa notoriété était telle que son agence fut, de 1955 à 1980, en tête des classements de la Mutuelle des Architectes Français pour la valeur des encours des travaux construits et le montant des cotisations versées.

Chargé en 1967 d’étudier l’aménagement du futur domaine du Bernet, Pierre Dufau n’avait certes pas beaucoup de temps à y consacrer, vu l’ampleur et l’étendue des projets qu’il avait à mener à l’époque, en France et ailleurs. Cette contrainte ne l’a cependant pas empêché de faire preuve d’originalité, d’autant plus qu’il avait la réputation de vouloir innover à chaque projet qu’il entreprenait.

Pour Dufau, les soixante hectares du Bernet représentaient une excellente occasion de privilégier espace et verdure. Déjà influencé par les villes nouvelles en vogue en Angleterre avec leurs vastes ceintures vertes (les fameuses green belts), Dufau s’apprêtait à en faire autant avec son gigantesque projet de ville nouvelle à Créteil, en région parisienne, où il allait créer 22 m² d’espaces verts par habitant, soit deux fois et demi plus que la moyenne des villes nouvelles en Ile de France.

Impressionné par l’étendue de la forêt de Bouconne et de sa proximité avec la commune de Pibrac, Dufau voulait en tenir compte en mettant l’accent sur la valorisation de la nature au sein du futur lotissement. En concevant les espaces verts, il a indiscutablement, comme à son habitude, apporté une touche d’originalité qui participe, aujourd’hui, à la renommée de Pibrac comme ceinture verte et bleue (Courbet et Aussonnelle obligent) de l’ouest toulousain. Ce faisant, avec un demi-siècle d’avance, il a également mis le Bernet en lien avec les exigences écologiques et environnementales d’aujourd’hui.

Pierre Dufau est mort en 1985, à l'âge de 77 ans. Un site Internet a été créé à l’occasion du centenaire de sa naissance pour rendre hommage à sa vie et à son œuvre1. On y apprend, comme on pouvait s’y attendre, que la plupart de ses nombreux ouvrages ont été réalisés dans des grandes villes, si bien que Pibrac est l'une des rares communes ayant eu le privilège de bénéficier des talents de cette immense figure de l’architecture moderne.

Jean Béziat, le maire de la modernisation de Pibrac

jean beziat

Jean Béziat (au centre) recevant le nonce apostolique à l’occasion de la fin des travaux de construction de la basilique de Sainte-Germaine en 1967

Élu maire de Pibrac en 1953, Jean Béziat, comme la majorité des membres de son conseil municipal, était agriculteur. Issu d’une famille aisée et financièrement indépendant, il a pris la décision, dès son élection, de se consacrer à plein temps à sa fonction de maire.

Connaissant intimement sa commune pour y avoir été élevé, il pouvait légitimement penser que la vie de ses administrés allait rester celle d’un village paisible, dont la tranquillité n’était interrompue que par le passage des pèlerins de Sainte-Germaine. Pourtant, au cours de son deuxième mandat, au début des années soixante, Jean Béziat a compris que l’expansion démographique de la commune était inéluctable sous le double effet, comme nous l’avons vu, du développement de l’activité aérospatiale d’une part, et du rapatriement des Français d’Afrique du Nord d’autre part. Il fut le premier à se rendre compte de la nécessité de se pencher sur l’aménagement futur de la commune, sur lequel il avait déjà sa propre idée assez novatrice.

À partir de 1962, des promoteurs immobiliers ont commencé à s’intéresser à la possibilité de construire des logements autour de Pibrac. Dans un premier temps, Jean Béziat a repoussé ces sollicitations, souhaitant donner à la fois aux membres du conseil municipal et à ses administrés le temps de s’adapter à la nouvelle situation qui se dessinait.

Finalement, les membres du conseil municipal s’y sont résignés en votant le plan directeur d’urbanisme en mai 1964. Dans une interview que Jean Béziat a accordé à la Dépêche du Midi peu après l’adoption du plan, on apprend qu’une nouvelle ville s’étendant sur 240 hectares et pouvant recevoir environ 7 000 habitants devait s’ordonner en petites communautés de dix à quinze familles. Des zones de densité variable étaient envisagées, allant de cinq à quinze, voire 35 logements à l’hectare. Avec des passages piétons au milieu d’espaces verts, des ombrages, des jardins, une piscine et des terrains de sport, Pibrac devait afficher l’image d’une nouvelle ville moderne, verte et aérée où il faisait bon vivre. Visiblement impressionné, le journaliste de la Dépêche a conclu son article en ces termes :

« Pibrac ne saurait échapper à la vocation qui est celle des communes de la banlieue toulousaine destinées, avec le formidable développement de la métropole toute proche et avec le rythme accéléré des grandes agglomérations modernes, à devenir des oasis de fraîcheur et de repos pour des citadins surmenés. »

Dans cette optique, Jean Béziat a pris toute la mesure de l’importance stratégique du projet de Pierre Vannucci en tant que premier lotissement sur la commune. Confronté au changement radical qui s’annonçait pour Pibrac, ce fut une véritable aubaine pour lui, en tant que maire, de pouvoir l’initier par le biais d’un projet aussi original que prestigieux. En soutenant la réalisation du Domaine du Bernet, Jean Beziat a inauguré le long processus de modernisation de Pibrac que ses successeurs ont suivi avec le même souci d’assurer la qualité de vie de ses habitants.

Henri Courtines, le maire gestionnaire

henri courtine

Henri Courtines, maire de Pibrac de 1971 à 1995

Originaire de l’Aveyron, diplômé de droit public et de droit privé de l’université de Montpellier, Henri Courtines s’est installé avec son épouse à Pibrac en 1947, lui pour travailler à l’office des céréales (ONIC) tandis que sa femme créait la pharmacie située aujourd’hui au centre commercial Sainte-Germaine. Il est élu adjoint au maire en 1959, poste qu’il a occupé jusqu’à son élection à la fonction de maire en 1971.

Les maires de Pibrac de l’après-guerre font habituellement de longs mandats (Jean Béziat ayant été élu et réélu pendant 18 ans et, plus récemment, Robert Bon pendant 19 ans), Henri Courtines détient le record absolu car, depuis la Révolution, aucun des 23 maires de Pibrac n’a servi quatre mandats comme lui. Il est en effet resté à la tête de la commune pendant 24 ans, soit presqu’un quart de siècle. La population de sa commune a plus que triplé pendant cette période, si bien qu’il devait être un maire particulièrement sollicité. En hommage à son œuvre, la Dépêche du Midi a noté que son équipe et lui avaient eu la charge de construire le nouveau Pibrac, le Pibrac moderne. Parmi ses réalisations, on peut citer le centre commercial Sainte-Germaine, l'anneau du roller, le stade municipal, l'école primaire et l’école maternelle du Bois de la Barthe et le TMP (théâtre municipal).

Maire actif, intègre, avisé et rigoureux, il partait du principe que l’argent public devait être géré avec le plus grand soin, ce dont les Pibracais ne se plaignaient pas, d’autant plus que les impôts locaux n’augmentaient pas beaucoup !
Comme son prédécesseur, Henri Courtines s’est consacré à la modernisation de Pibrac qu’il souhaitait présenter comme une vitrine de développement résidentiel, le Domaine du Bernet devant servir de modèle.
Au début des années 1970, il existait donc ce lotissement à deux kilomètres du village séparé de celui-ci par des terrains vagues. Pour Henri Courtines et ses conseillers municipaux, il était évident qu’il fallait « remplir le vide » en construisant entre le village et le Bernet. Le comte de Pibrac, membre de longue date du conseil municipal, a fini par soutenir la vision du Maire voulant que la commune se développe et se modernise. Pour ce faire, il a cédé à un prix symbolique les nombreux terrains qu’il possédait entre le village et le Bernet, ce qui a permis la création du centre commercial Sainte-Germaine, l’école du Bois de la Barthe, la salle polyvalente et le théâtre municipal. Au terme de l’ultime mandat d’Henri Courtines en 1994, Pibrac était devenu une commune bien équipée, figurant parmi les endroits réputés les plus agréables à vivre de toute l’agglomération toulousaine.

logo bibliotheque
logo tmp
logo maison initiative